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Michel Boyon aux Echos : Le CSA croit à des concentrations


Les Echos : Depuis le début de l’année l’économie du paysage audiovisuel est bouleversée. Pensez-vous qu’on soit proche d’une stabilisation ?

Non, le paysage n’est stabilisé ni en télévision, ni même en radio. En 2009, la télévision continue d’être le média de référence, mais ses modes de consommation changent et elle n’échappe pas à la crise économique. Depuis un an, TF1 et M6, qui ont à supporter les coûts d’une double diffusion analogique et numérique, sont confrontées à une baisse de leurs recettes publicitaires ; quant aux nouvelles chaînes de la télévision numérique terrestre, elles n’ont pas encore atteint leur équilibre d’exploitation. Or c’est précisément le moment où les unes et les autres doivent investir massivement dans le passage au tout numérique, la haute définition, la télévision mobile personnelle. Il faut les aider à passer le cap difficile des 18 prochains mois.

Certains élus craignent que certains des téléspectateurs ne se trouvent devant un écran noir lors du basculement vers la télé tout numérique…

Certains lobbies agitent auprès des élus l’épouvantail de l’écran noir. Ce n’est pas une attitude responsable ! L’objectif fixé par la loi est de couvrir 95 % de la population métropolitaine ; le CSA a ajouté une obligation minimum de desserte par département. Dans les faits, l’objectif sera probablement dépassé. Mais il ne serait pas raisonnable d’imposer aux chaînes de financer plus d’émetteurs numériques. Pour les foyers qui ne recevront pas la télévision par voie terrestre, des solutions confirmées existent : le câble, l’ADSL et surtout le satellite. L’offre TNTSat de Canal+ compte déjà 1,2 millions d’utilisateurs, tandis qu’Eutelsat vient de lancer son offre Fransat. Un fonds d’accompagnement permettra d’aider les personnes ayant des revenus modestes à s’équiper pour la télévision numérique. Je souhaite que les conditions d’accès à ce fonds soient assouplies.

A l’instar du rachat par TF1 des chaînes TMC et NT1, certains pensent que la concentration va se poursuivre sur le marché de la télévision numérique terrestre. Y êtes vous favorable ?

Le rachat de TMC et NT1 par TF1 n’a pas encore été notifié au CSA. Vous me permettrez donc de ne pas me prononcer sur cette opération. Je suis persuadé néanmoins que les concentrations vont se poursuivre dans le secteur de la télévision. C’est le sens de l’histoire. Mais le CSA sera très vigilant sur tous les regroupements à venir. Il veillera au maintien de la pluralité des acteurs et s’assurera que la concurrence s’exerce le mieux possible. Il faut être conscient que les grands groupes audiovisuels français n’ont pas encore la taille suffisante pour affronter la compétition européenne, qu’il s’agisse de TF1 et M6 pour la télévision gratuite ou de Canal+ pour le payant.

NRJ 12 invoque le manque de circulation des oeuvres pour justifier le non- respect de ses obligations de diffusion. Est-ce un argument recevable ?

Cet argument est insuffisant. La circulation des oeuvres est une réelle préoccupation du Conseil qui publiera une étude sur le sujet à la rentrée. Mais, si l’accès aux oeuvres est parfois plus difficile pour les chaînes indépendantes, tous les diffuseurs sont tenus de respecter leurs obligations, ce qui doit être aussi le cas pour NRJ 12. Avec la loi du 5 mars, l’éventail des sanctions a été élargi : le CSA a maintenant le pouvoir de suspendre temporairement la diffusion d’écrans publicitaires. Ce devrait être dissuasif.

L’Autorité de la concurrence propose de limiter à un ou deux ans les exclusivités d’Orange. Cette recommandation vous paraît-elle pertinente ?

L’avis de l’Autorité de la concurrence est très proche de celui qu’avait rendu le CSA. Nous partageons la même philosophie. Il se différencie néanmoins par la durée consentie à un opérateur pour développer des exclusivités : il me paraît très difficile de construire un nouveau service sur un socle économique et financier solide en un ou deux ans comme le recommande l’Autorité de la Concurrence. Le CSA avait pour sa part préconisé un délai plus long, en maintenant l’opérateur sous surveillance afin de vérifier que les équilibres du marché et les possibilités d’accès du public ne soient pas perturbés.

Etes-vous favorable à une loi pour fixer les règles du jeu sur le marché de la télévision payante ?

Je n’y suis pas, par principe, hostile. Mais, en audiovisuel, la loi, trop rigide, trop détaillée, est toujours en retard sur la technique. Je lui préfère la régulation, plus souple, plus évolutive, mieux adaptée aux exigences d’un secteur économique en perpétuel changement.

Lire la suite dans … Interview de Michel Boyon, président du CSA, aux Echos, le 15 juillet 2009,
Propos recueillis par David Barroux, Nathalie Silbert et Emmanuel Paquette, Les Echos http://www.csa.fr/actualite/medias/medias_detail.php?id=128896

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